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LE CIVET DE MIMILE AUX ROSÉS DES PRÉS
OU LE SALMIS DE GARENNE AUX CHAMPIGNONS DE PARIS |
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Pendant mes vacances scolaires, j'ai eu la chance de connaître un vieil homme un peu braco, un peu suce-canelle que l'on appelait Miton. Il habitait les Caillères à Chaumussay, un hameau perché sur les coteaux à l'orient du village. Rien d'un bourgeois Miton ! Mimile Denis, de son vrai nom, était un piou-piou qui avait été gazé à la guerre quatorze et qui ne pouvait travailler de manière soutenue aux travaux des champs; ce qui lui permettait de s'occuper des écrevisses bleues de la Muanne, de poser des collets pour les jeannots et de cueillir des rosés des prés. Une ou deux fois par an Mimile m'invitait à partager son repas. Bien enjaboté et très affuté, Mimile m'aticohait lorsqu'il préparait notre festin. Il sortait son grand zigou et coupait quelques belles tranches d'un gros pain un peu rassis et nous commencions à décortiquer les écrevisses qui sentaient fort l'anis. Je suppose qu'il apportait un peu de fenouil sauvage dans le court-bouillon. Mais pour m'honorer, sa grande spécialité c'était le civet de garenne qu'on préparait la veille du repas.
Il enlevait les quatre membres, séparait le cou de la tête et coupait le râble en trois ou quatre morceaux. Il faisait revenir quelques noces de poitrine coupées en dés dans une vieille casserole rouge à |
damiers blancs, au couvercle dépareillé. Il faisait de même pour les morceaux de lapins sur lesquels il versait une bonne rasade de marc produit par le couilleur de bru du coin, et il faisait flamber. Il saupoudrait de farine, mettait un bouquet garni, une dizaine de petits oignons, laissait cuire un quart d'heure à feu doux en ajoutant un bon verre de Restigné et une goutte de vinaigre. Il faisait ensuite chauffer une fillette de vin qui me semblait assez prestigieuse, à cause de la façon dont il la chérissait et la versait dans le civet en ajoutant les lardons et une bonne quantité de rosés des prés suivant l'importance de la tombée. Il laissait mijoter dans la cheminée, sans bouillir mais rajoutait de temps en temps encore un peu de bigetegorne lorsque le civet s'épaississait. ...Le civet une fois réchauffé, il me le servait souvent avec des pommes de terre dans la cendre et une badaulée de rosés des prés accompagnée d'une petite salade de cochets et les éternels casse-muses au dessert. Pas de doute, Mimile me prenait pour un héros de Saint-Ex. Brave homme qui me donnait de l'eau très rougie à l'époque pour accompagner ce festin. Allez, ça fait rien, Mimile, mais je trouve que j'avais un peu la tête qui tournait à la fin du repas. J'était tout acagnardi. |